L’usine Alpine de Dieppe s’apprête à réduire sensiblement la cadence de fabrication de l’A390. À partir de la fin septembre 2026, le site normand devrait passer de 30 à 15 exemplaires produits chaque jour. Une décision qui intervient un peu plus d’un an après le lancement industriel du fastback électrique et qui interroge forcément sur le succès commercial du modèle.
Alpine, de son côté, se veut rassurante. Pour la marque sportive du groupe Renault, cette diminution ne doit pas être interprétée comme un arrêt ou un désaveu de l’A390. Elle correspondrait plutôt à une évolution normale du rythme de production après une phase d’accélération destinée à alimenter rapidement le réseau commercial.
Une production divisée par deux
L’A390 est entrée en production à Dieppe durant l’été 2025. À ses débuts, les volumes étaient encore très limités : l’usine assemblait environ quatre voitures par jour.
Alpine avait toutefois affiché des ambitions beaucoup plus importantes pour 2026. L’objectif était de parvenir progressivement à une cadence pouvant atteindre 50 A390 par jour et par équipe, avec la perspective de mettre en place une deuxième équipe de production.
La réalité est aujourd’hui différente. Après avoir atteint une cadence de l’ordre de 30 véhicules quotidiens, le site va finalement revenir à environ 15 unités par jour.
Cette réduction intervient alors que l’A390 reste le seul modèle actuellement produit à Dieppe depuis l’arrêt de l’assemblage de l’A110 à la fin du mois de juin.
Pour Alpine, cette situation n’a cependant rien d’alarmant. La marque explique avoir volontairement accéléré la production au lancement afin de fournir rapidement les différents points de vente. Une fois cette phase passée, le retour à une cadence plus faible serait donc considéré comme normal.
Les ventes de l’A390 restent inférieures aux ambitions
Derrière cette explication industrielle se trouve néanmoins une réalité commerciale. Les volumes enregistrés par l’A390 restent relativement modestes par rapport aux ambitions initiales.
Entre janvier et août 2026, Alpine a livré 4 721 véhicules en France, toutes versions confondues. L’A290 représente la plus grosse partie de ces ventes avec 2 894 unités, devant l’A110 avec 979 exemplaires et l’A390 avec 848 véhicules.
Le nouveau fastback électrique représente ainsi environ 18 % des ventes françaises de la marque sur cette période.
Ces chiffres sont à mettre en perspective avec l’objectif fixé par Alpine lors du lancement du modèle. La marque espérait notamment atteindre un volume global d’au moins 10 000 ventes en France en 2026, contre 5 381 en 2025.
La différence entre les volumes produits et les véhicules effectivement livrés montre également pourquoi Alpine doit désormais adapter son rythme industriel.
Un modèle qui doit conquérir une nouvelle clientèle
L’A390 occupe une place particulière dans la stratégie d’Alpine. Contrairement à l’A110, la marque ne s’adresse plus uniquement aux amateurs de petits coupés sportifs.
Avec son format de fastback cinq places 100 % électrique, l’A390 cherche à attirer une clientèle beaucoup plus large. Cette évolution représente un véritable changement de philosophie pour un constructeur historiquement associé aux voitures sportives compactes et à deux places.
Alpine assume cette stratégie d’élargissement. Le constructeur considère l’A390 comme un modèle destiné à conquérir de nouveaux clients plutôt qu’à simplement remplacer l’A110.
Mais cette transformation intervient sur un marché particulièrement concurrentiel. Le segment des véhicules électriques premium et sportifs accueille déjà de nombreux modèles, avec notamment des propositions de marques comme Porsche ou Tesla.
Le positionnement tarifaire de l’A390 constitue également un élément important. Disponible à partir de 67 500 euros, le modèle évolue sur un marché où les automobilistes disposent déjà d’un choix important de SUV et de crossovers électriques.
L’A290 bénéficie d’une dynamique différente
La situation de l’A390 contraste avec celle de l’A290. La petite sportive électrique dérivée de la Renault 5 connaît en effet des volumes nettement supérieurs.
Avec 2 894 exemplaires livrés en France entre janvier et août 2026, l’A290 représente à elle seule plus de la moitié des ventes réalisées par Alpine sur la période.
Son lien avec la Renault 5, dont elle reprend une partie de l’univers et de la base technique, lui permet notamment de bénéficier de l’image créée autour de la citadine électrique française.
L’écart entre les deux modèles illustre donc les difficultés auxquelles Alpine peut être confrontée lorsqu’elle monte en gamme et propose des véhicules électriques plus imposants et plus coûteux.
Dieppe prépare déjà le retour de l’A110
La baisse de cadence de l’A390 ne signifie toutefois pas que l’avenir de l’usine de Dieppe est remis en question.
Le site normand prépare déjà l’arrivée de la future génération de l’A110, attendue à partir de la mi-2027. Cette nouvelle berlinette doit permettre à l’usine de retrouver une production articulée autour de deux modèles.
L’A110 historique a représenté une part importante de l’activité du site depuis son lancement en 2017, avec 28 701 exemplaires produits jusqu’à son arrêt en juin 2026.
La prochaine génération de la berlinette doit donc jouer un rôle majeur dans la nouvelle organisation industrielle de Dieppe.
Pour Alpine, la réduction temporaire de la cadence de l’A390 doit ainsi être replacée dans cette transition plus large du site.
Alpine continue de développer son réseau
Parallèlement à la production, Alpine poursuit le développement de son réseau commercial en France. La marque cherche à élargir sa présence afin d’accompagner l’arrivée de ses nouveaux modèles électriques.
Elle s’appuie notamment sur certaines concessions Renault et Dacia pour installer des « points de contact » Alpine. Le réseau compte désormais 44 showrooms dédiés et 41 points de contact supplémentaires.
L’objectif affiché par la marque est ambitieux : atteindre 300 points de vente en France d’ici la fin de 2027, en incluant ces différents formats.
Cette stratégie doit permettre à Alpine de toucher davantage d’automobilistes et de mieux accompagner son changement de positionnement.
L’A390 n’est pas abandonnée
Malgré la baisse de production, Alpine assure que l’A390 reste pleinement intégrée à sa gamme. La marque prévoit même de présenter de nouvelles configurations et de nouvelles couleurs lors du Mondial de l’Auto de Paris, organisé du 12 au 18 octobre 2026.
La réduction de cadence apparaît donc davantage comme un ajustement industriel que comme une remise en cause du modèle.
Reste que les chiffres de ventes montrent que l’A390 doit encore trouver son public. Son positionnement électrique, son prix et son arrivée sur un segment déjà très concurrentiel constituent autant de défis pour Alpine.
Pour l’usine de Dieppe, cette période marque surtout une phase de transition. Après avoir accéléré la production de l’A390 pour accompagner son lancement, le site doit désormais adapter ses volumes à la demande tout en préparant l’arrivée de la prochaine A110.
