Les nouveaux radars ont largement fait parler d’eux lors du Salon des maires et de Milipol 2025, deux rendez-vous majeurs qui se sont tenus simultanément à Paris. Tous les acteurs importants du secteur y étaient, offrant une occasion rare de comprendre ce qui attend les automobilistes dans les prochaines années.
Officiellement, les fabricants de radars n’ont pas le droit de communiquer avec la presse… mais en salon professionnel, les langues se délient forcément un peu. Et cette année, les évolutions présentées ont confirmé les indiscrétions révélées ces derniers mois, notamment grâce à l’irruption massive de l’IA, qui ouvre la voie à une surveillance automatisée d’infractions bien plus larges que la simple vitesse ou les feux rouges.
Radars urbains : encore un peu de flou
Sur le stand d’Idemia, leader français des cinémomètres, un autocollant « Matériel conforme aux exigences 3DS » résumait l’enjeu du Salon : séduire les collectivités. Depuis la loi 3DS, ce sont désormais les maires – sous supervision des préfets – qui doivent acheter leurs propres radars urbains.
Problème : aucune commande n’a encore été passée. Car les communes doivent obligatoirement acheter le modèle retenu par l’Ugap, la centrale d’achat de l’État… et l’appel d’offres n’a toujours pas désigné de gagnant. Le verdict, attendu avant le Salon, est finalement repoussé à début 2026. Un marché colossal portant sur 5 000 radars urbains à installer en dix ans.
Quatre candidats en compétition
Pour ce marché, seuls quatre constructeurs seraient réellement en lice :
- Idemia, avec sa mini-tourelle Mesta Compact déjà en test dans plusieurs grandes villes
- Parifex, avec son radar urbain Nomad
- Fareco, fournisseur des voitures-radars
- et un quatrième acteur étranger non identifié
Même si Idemia et Parifex disposent déjà d’appareils homologués, l’appel d’offres impose une nouvelle génération de radars enrichis de nombreuses fonctionnalités inédites, poussant les candidats à revoir complètement leur copie.
Quelles nouvelles infractions pourront être verbalisées automatiquement ?
Les deux salons ont permis d’identifier plus clairement les futures infractions détectables par IA. Première évolution majeure : un même radar pourra contrôler simultanément la vitesse ET les feux rouges, ce qui met fin à la pratique consistant à accélérer à l’orange.
Idemia met en avant quatre innovations :
- verbalisation automatique du non-respect d’un stop
- détection du non-port du casque pour les motards
- repérage des trajectoires interdites (tourne-à-gauche, demi-tour)
- contrôle des voies réservées comme les couloirs de bus
Parifex, de son côté, s’appuie sur un lidar 3D très avancé, capable d’identifier :
- le non-respect des sas vélo et bandes cyclables
- la circulation dans une voie de bus
- les distances latérales dangereuses
- ou encore des infractions comme dépassement par la droite, stationnement gênant, sens interdit, interdistance, etc
Au total, une quinzaine d’infractions pourraient être détectées automatiquement une fois les homologations obtenues et les textes de loi mis à jour. Certaines pourraient même être opérationnelles dès 2026, notamment le contrôle des couloirs de bus.
Le remplacement imminent des “hiboux”
Les anciens radars mobiles (les fameux “hiboux”) finiront bientôt par être remplacés. Trois modèles de nouvelle génération ont été exhibés :
- le Mesta Mobile d’Idemia
- le Compas de Parifex (déjà en service en Nouvelle-Calédonie)
- un système de l’allemand Vitronic, capable par exemple de détecter le téléphone à la main ou l’absence de ceinture
Le marché doit être lancé en 2026 pour un déploiement progressif l’année suivante.
Laser nouvelle génération pour police et gendarmerie
Malgré l’essor des radars automatiques, les forces de l’ordre continueront les contrôles manuels. Un appel d’offres portant sur 1 900 lasers est en cours. Le grand favori semble être la mini-jumelle TruSpeed du constructeur américain Laser Technology : compacte, légère, avec une portée dépassant 600 mètres.
Le retour du flash visible
Alors que la plupart des radars avaient abandonné le flash visible pour des raisons techniques et stratégiques, la Sécurité routière souhaite qu’une alerte lumineuse réapparaisse lors de la constatation d’une infraction. Les radars discriminants et certaines tourelles seront donc équipés à la fois d’un flash infrarouge et d’un éclair visible.
Les futurs radars préventifs
Parifex a également présenté un nouveau concept : le radar préventif. L’idée est de détourner son lidar Compas de sa fonction punitive pour l’utiliser en prévention :
- surveillance continue de l’espace public
- détection automatique de situations anormales (personne au sol, mouvement de foule)
- repérage des zones routières dangereuses en analysant les “presque accidents”
L’avantage : le lidar n’enregistre pas d’images, ce qui facilite son usage au regard du RGPD.
